C’est avec émotion que nous embrassons pour la 1ere fois le sol africain. Il est 13h lorsqu’on arrive à l’aéroport de Hosea Kutako à 42 km de Windhoek en Namibie. Heureusement, nous apercevons nos noms sur le panneau du loueur Asco Car Hire contacté l’avant veille pour nous transporter en ville et prendre possession de notre véhicule. Il s’agit d’un 4*4 Nissan équipé d’une tente sur le toit avec du matériel de camping dans le coffre. Je tourne 2 fois dans le parking pour apprendre à passer toutes les vitesses mais le plus compliqué reste à s’habituer au gabarit et à la conduite à gauche.
1. Arrêter de déclencher les essuie-glaces au lieu des clignotants
2. Arrêter de chercher le levier de vitesse sur ma portière
3. Arrêter de chercher ma ceinture dans le vide avec ma main droite
La nuit nous est offerte à la très sympathique Heaven’s guest house tenue par un couple d’allemands. Notre premier diner est un gros rumsteack et de l’autruche. Le lendemain, la journée démarre par un saut au Spar, supermarché allemand, pour faire le plein de course en prévision de nos futurs barbecues. On y trouve de tout, Haribos, Nutella, Kinder mais aussi fruits, légumes, viandes, etc. Nous passons ensuite en centre ville pour voir les possibilités de réservation dans quelques lieus très prisés comme le parc d’Etosha et Sesriem mais sans résultat car tout est plein. Denis s’arrête dans une boutique pour acheter une couverture supplémentaire (les nuits sont fraiches) tandis que je reste dans notre vehicule. Une personne vient me parler en anglais mais je ne comprends rien. C’est alors que j’entends un léger bruit de portière. Coup de panique, je me retourne et m’aperçoit aussitôt qu’il manque mon sac à dos avec à l’intérieur nos passeports. Sans réfléchir, je bondis dehors et vois un homme monter dans un taxi avec ce qui semble être un sac noir. Je lui arrache des mains, ouf c’est le mien … et retourne au 4*4 que j’ai laissée ouvert. Ouf j’ai de la chance, j’aurais l’air maligne maintenant avec mon sac et sans le 4*4. Les 2 hommes n’étaient pas agressifs, Denis arrive comme une fleur en disant: “tu sais que la portière est ouverte”.
1. Ca m’apprendra à faire plus attention, même en plein jour, même avec pleins de monde
2. Reprendre l’habitude de toujours verrouiller les portes. L’occasion fait le larron.
C’est donc le cœur battant que nous prenons la direction du nord. C’est pourquoi nous partons vers l’ouest. Il nous faut 1h pour sortir de Windhoek par la B1 (un record) et arrêter de tourner en rond dans le quartier de Wanaheda. Dixit : « P, fais C…, encore Wanaheda ». Au bout de 40 km, une Mercedes Kompressor lance des appels de phare et nous demande de nous arrêter (non, les banditos ne sont pas de retour), ils ont juste reçus toute l’huile de notre moteur sur leur capot. Bref nous sommes prévoyants et bien sur n’avons pas de téléphone. Ils se proposent d’appeler à notre place notre loueur et d’initier Denis à la mécanique. Apres ½ heure d’attente sur une aire de repos ombragée, la dépanneuse vient nous remorquer jusqu’au garage à Okahandja, Nous repartons 1h plus tard avec le tube d’alimentation d’huile de la boite de vitesse tout neuf.
Notre première nuit sous les étoiles à lieu dans un camping à Otjiwarongo. Tout est d’une grande propreté avec électricité, barbecue, ombre : c’est impeccable ! C’est également le 1er montage de tente, soit nous sommes super fort soit le système est bien fait, mais l’affaire est bouclée du 1er coup et en quelques minutes. Nos 1er animaux rencontrés : des dindons rigolos, des phacochères, des petites bêtes à 4 pattes à grandes oreilles (on verra pour plus tard les noms) + des termitières et une petite tornade.

Nous profitons tranquillement de la matinée autour du petit déjeuner, de replier la tente et enfin de refaire quelques courses avant de repartir vers le nord (cette fois, du 1er coup). Nous traversons Outjo par la C38, essences à Khorixas sur la C39 et point de départ pour la piste en gravier vers Twylfontein. Le camping Aba-Huab sur la D3214 offre une halte agréable au bord d’une rivière asséchée et à quelques pas d’un point de vue fantastique sur la savane namibienne aux collines roses orangées par le coucher de soleil. La nature devient un poème de couleurs ocre et ambrée. La magie se prolonge même lorsque le soleil se couche car alors la nuit s’éclaire par un merveilleux ciel étoilé. Au moment de s’endormir, le meuglement des vaches et les chants africains nous invite à faire de beaux rêves. Le son d’un troupeau de vaches se promenant dans le lit de la rivière annonce un réveil matinal, surtout pour ceux qui y dorment comme nous, à 5m. Nous partons à la visite du site d’organs pipes et burned mountain ou en chemin nous croisons à de nombreuse reprises des springboks qui ne cessent de nous fixer, jusqu’à ce qu’on avance d’un peu trop près sur leur territoire, et qu’ils ne partent en bondissant dans la brousse. La route continue jusqu’à ce qu’un son anormal nous inquiète, nous venons de crever. Denis sort à peine le cric, qu’un groupe d’italiens s’arrêtent pour nous aider. Le pneu est changé en 10min sans qu’on ne bouge le petit doigt. Nouvel arrêt 15min plus loin car 5 girafes nous observent du haut de leur long cou à quelques mètres de la route. C’est l’émerveillement devant nos premières girafes. Elles nous guettent un long moment d’un regard soupçonneux puis s’en vont au loin. La route continue sous l’émotion de cette rencontre, quand soudain nous tombons face à face avec un gros oryx puis un second qui s’enfuit en trombe. A proximité de Warmquelle, plusieurs autruches pataugent dans le cours d’eau. C’est avec plaisir que la piscine bien fraiche du lodge de Fort Sesfontein, ou les campeurs disposent de toutes les infrastructures, permet un petit plongeon.

Toujours cap vers le nord (C43). La route est un peu plus difficile car elle est plus étroite, plus chaotique et surtout il y a une pass-road digne d’un bon col de montagne. Une montée d’un dénivelé impressionnant, petite prière et à fond toute…. A 1/3 du parcours la 2eme s’essouffle, on continue en 1ere… la voiture monte, monte et ouf, nous passons ! Nous croisons quelques rares voitures, les bergers nous saluent de la main, les vaches s’écartent à coup de klaxon, les femmes herero nous sourient de leurs huttes. Le groupe herero comprend 4 catégories d’ethnies. Phonétiquement, ça donne à peu près : les banderoo herero, les zerba herero, les shimba herero et les himbas herero. Nous avons déjà pu apercevoir de loin des femmes banderoo et himbas mais nous sommes surpris de voir autant de personnes porter fièrement leur identité culturelle à Opuwo dans la région du kaokoland. Je reste dans la voiture tandis que Denis va au petit supermarché qui n’a pas du voir entrer énormément de blanc. Un homme Himba lui parle en lui frappant le bras d’une liasse de billet sous l’amusement général. En fait, le grand supermarché est juste derrière mais nous ne l’avons pas vu, là c’est juste le bouiboui de la ville. Nous allons donc à cote ensemble pour compléter notre caddie. Au milieu du rayon des boites de conserve, 3 femmes himbas me regardent longuement, entament la discussion et touchent ma chaine en or munie d’un pendentif d’angelot. C’est bien essayé, mais dommage mesdames, je ne peux n’y vous le donner, ni le troquer, c’est un cadeau d’une amie. Une fois à la caisse, nous sommes entre 3 femmes himbas tout juste habillées en peau de bête et une femme banderoo avec une grande et longue jupe remontée jusque sous la poitrine et son chapeau plié comme une barre sur le front. Ici, Ca devient extraordinaire de faire ses courses.
Le lendemain, nous partons à la découverte des tribus himbas sur la route d’Eponga accompagné d’un guide nommé Konsa. Il demande la permission à 3 femmes de les rencontrer. Il s’agit d’une très modeste famille qui n’abrite que 2 huttes et un enclos à brebis. Durant que Konsa nous donne des explications sur la culture Himbas, d’autres femmes et enfants approchent timidement. Il nous apprend que les femmes ne touchent jamais l’eau, elles s’en servent uniquement pour la cuisine et pour boire. Les femmes s’enduisent d’un mélange de beurre et d’une poudre rouge qu’elles obtiennent en broyant un type de cailloux de cette couleur. Cette pate ainsi obtenue les protège du soleil, hydrate la peau, rappel le pays d’origine de cette tribu qui est à l’ origine l’Angola et maintient une tradition ancestrale. Une autre tradition est celle d’arracher les 2 dents du bas de devant… aie. Konsa nous explique également la signification des coiffures. Les garçons ont 2 types de coiffure, soit une sorte de cercle au dessus de la tête soit une sorte de queue vers l’arrière à l’âge adulte. Les filles quant à elles changent plus souvent d’apparence selon l’âge (même si personne ne connait son âge). Tout d’abord, elles portent une natte vers l’avant, puis 2 nattes vers l’avant, ensuite 2 devant et 2 derrière, après tous pleins de nattes devant le visage (adolescence) et pour finir toutes les nattes vers l’arrière à l’âge adulte. L’alimentation consiste en 2 repas par jour, le matin du porridge et le soir du porridge avec une ration de viande de chèvres toutes les 2 semaines. Elles sont en forme et sont même de très belles femmes. Leurs bijoux sont aussi pleins de significations liés aux étapes de la vie, mariage, mort, fertilité…
Nous serrons une trentaine de poignée de mains à la fin des explications suivi d’un Moro Moro (bonjour le matin) et comment ça va –ça va merci à chacune d’entre elles. Un jeu de questions- réponses commence à l’aide de notre guide-interprète. C’est vraiment très sympa. Denis se fait un petit copain qui grimpe sur ses genoux et qui ne veut plus le quitter. La maitresse de maison fait un brin de ménage chez elle et nous invite dans sa hutte pour une démonstration, comment s’enduire la peau et comment se parfumer. La texture est douce sans être grasse. En quelques minutes, mes bras prennent des couleurs, encore mieux qu’un écran total autobronzant. L’assemblée papote, rigole et déballe toutes les marchandises de souvenirs à vendre. Rien ne force à l’achat mais leur collier avec le coquillage est tout de même superbe ! Konsa remet les présents pour la visite : sac de porridge, sac à glaçons, du pain de mie, des bonbons, des cigarettes (pas de lutte anti tabac en Namibie). Chacune récupèrent une part tandis que les enfants sucent déjà les glaçons. C’est vraiment l’une de nos plus belles rencontres. A la fin, quelques femmes shimbas se sont approchées, elles ont la peau bien noire à côté des himbas.

La fin de journée s’achève au Opuwo Country Lodge (15 euro en camping) au bord de la piscine à débordement, avec une vue panoramique sur les vallées, les montagnes, les 2 pistes qui s’élancent jusqu’à l’horizon. C’est une journée magique, notre Out Of Africa !