Les capitales Royales
Thursday, March 22nd, 2007Suite à nos 3 passages à Mandalay, nous sommes devenus les habitués de 2 conducteurs de trishaw qui se font un plaisir de nous faire découvrir la ville. Nous commençons par nous rendre à la pagode de Maha Muni abritant le bouddha sans doute le plus vénéré de toute la Birmanie. Chaque matin (trop tôt pour nous), les moines lui lavent le visage ; les mains quant a elles semblent toutes boursouflées par les milliards de feuilles d’or apposées chaque jour par les pèlerins. La statue est, selon eux, de plus en plus belle chaque année car elle devient de plus en plus grosse. Un moine rigolo entraîne Denis à déposer des feuilles d’or sur la statue… Exclusivité masculine, car les femmes ne sont pas autorisées a s’approcher au delà d’un certain périmètre. La ferveur semble partout autour de nous même dans l’air que l’on respire.
Les ateliers artisanaux et échoppes regorgent aux alentours de la pagode. Lors des fréquentes coupures d’électricité, nombreux sont ceux qui continuent à ciseler le teck ou le santal à la lueur de la bougie. Le quartier est aussi célèbre dans toute l’Asie pour les sculpteurs de bouddhas en marbre et albâtre. On en profite donc pour faire quelques achats, histoire de compléter la future galerie d’art de Piloo (Poids ? mais ça passe par l’ascenseur). Mandalay dispose encore de petites entreprises familiales de batteurs d’or. Les hommes font résonner leurs énormes masses durant des heures. De toutes fines lamelles sont superposées entre des feuilles de bambous et de papiers de riz le tout installé dans un étui de cuir et battu en cadence pour multiplier la taille de la feuille. Puis pour la soirée, nos conducteurs nous proposent d’assister à un spectacle de marionnettes en bois. La ville devient plus accueillante grâce à leur rencontre, ils ne manquent jamais l’occasion de nous saluer ou de transporter nos sacs jusqu’à notre hôtel dès qu’ils nous croisent en chemin.
C’est eux également qui nous organisent la visite des sites aux alentours. Tout d’abord Sagaing, haut lieu de méditation qui borde l’Irrawaddy, vaste colline abritant plus de 600 monastères, d’innombrables temples et stupas. Puis Inwa (Ava), autres anciennes capitales royales, que l’on visite en carriole après avoir traversé la rivière en bac. Nous sommes accueillis à l’entrée du site par un groupe de filles aux joues recouvertes d’un motif en Tanaka représentant des feuilles et sachant une phrase en 5 langues étrangères « c’est joli, c’est pas cher, c’est local, c’est moi qui l’est fait, voulez vous me l’acheter ». Les vestiges sont parsemés à travers la végétation, des pagodes émergent ici ou là au milieu des champs, seul le monastère de Bagaya tout en bois semble intact. L’intérieur est rempli de colonnes en teck de 22m de haut, la classe est dispensée dans un coin de la salle principale ou se mélange élèves et moinillons. Ensuite pour le coucher du soleil, on franchit le plus célèbre édifice de Amarapura, le pont U bein où l’on rencontre nos amis français rencontrés quelques jours auparavant en descendant l’Irrawaddy. Le pont ou passerelle mesure 1 200 m de long et repose sur des colonnes et des planches en teck récupérées sur les palais abandonnés de Sagaing et d’Inwa. Le spectacle est magnifique et ne manque pas de romantisme. Les villageois et moines défilent à pied ou en bicyclette d’une rive à l’autre du lac laissant danser ombres et lumières sur leurs silhouettes.
Après une nuit de bus local, nous retournons pour l’envoûtante Bagan. Le ciel est couvert d’un voile de nuage qui ne permet pas d’animer d’aussi beau lever et coucher de soleil que l’année dernière sur les quelques 2 000 édifices de briques. Mais Bagan reste irrésistible. S’il fallait établir un classement des sites archéologiques les plus remarquables d’Asie, Bagan serait sans nul doute dans les 3 premiers.
Il s’agit d’un ancien royaume établit sur une vaste plaine ou pagodes, temples, fresques témoignent de près de 300 ans de règne. Chaque pagode a son style, son charme, ses formes, sa sensualité. Certaines sont très convoitées pour leurs terrasses qui permettent une vue panoramique sur l’ensemble du site mais elles sont suffisamment nombreuses pour en trouver quelques unes sans une cohue de touristes. L’idéal est de sillonner a vélo d’un édifice a un autre et de se poser tranquillement à l’intérieur ou au sommet pour admirer. A l’ombre, les enfants jouent et parient aux jeux de cartes ressemblant aux 7 familles avec des modèles asiatiques tandis que les hommes, eux, lancent les paris aux jeux du Tchué (une sorte de petits chevaux avec des coquillages au lieu des dés et des capsules de bouteille au lieu des chevaux).
On assiste également aux étapes de fabrication d’une laque: certains réalisent les objets en bambou, d’autres les enduisent de plusieurs couches de résine de laque, puis séchage, ponçage, gravure et application d’une couleur l’une après l’autre. Le marché est un peu décevant, il tend à perdre de son pittoresque au profit d’un marché uniquement pour touristes. C’est toujours un plaisir de manger aux lampions et photophores. La cuisine est simple mais toujours préparée avec soin.
En chemin pour Rangoon, on voyage avec des poulets dans la soute à bagage et on croise des éléphants en papier mâché au passage d’une fête de village. Avec ses anciennes façades coloniales aux couleurs délavées, Rangoon n’est pas désuet de charme et parait même plus vivante que Mandalay. A la sortie de notre hôtel, un défilé d’une trentaine de nonnettes en robe rose, écharpe jaune et ombrelle rouge envahissent la rue et empêchent toute circulation. Elles récoltent auprès des boutiques et des habitants des offrandes remis en main propre ou descendus des différents étages à l’aide d’un panier attaché à une corde.
On profite également du marché Bogyoke pour finaliser la 2eme étape de la galerie d’art parisienne, une statue de princesse Inwa en teck (d’une taille modeste) ainsi que 2, 3 babioles encombrantes. Le marchand nous fait visiter sa boutique, son atelier et son entrepôt d’Ali baba au sous-sol d’un vieil immeuble. Le colis est prêt à partir munis du Bouddha en albâtre qui a déjà effectué 600 km.
Nous faisons nos “au revoir” au Myanmar en allant à l’incontournable Shwe Dagon, la plus sainte des pagodes birmanes. Bien que son parvis soit envahit par de plus en plus de touristes, Shwe dagon conserve cette extraordinaire ferveur, symbole de la Birmanie. Après avoir monté le long escalier couvert regorgeant de petits vendeurs d’offrandes, d’objets religieux et de diseurs de bonne aventure, on se retrouve captivé par l’immense stupa d’or surmonté d’un gros diamant. Les pèlerins prient et déposent leurs offrandes au pied d’une statue symbolisant leur jour de naissance sachant qu’il y a 8 jours dans une semaine (mercredi matin est considéré comme la naissance de bouddha, donc le mercredi après-midi est un autre jour).
Une fois encore le voyage est trop court, il reste tant de choses à voir et tant de rires et sourires à partager. On regrette de ne pouvoir rester plus longtemps mais ne dit-on pas « jamais 2 sans 3 »…

